Proposé par : vbc
En1895, Fernand DAUDET s?est intéressé, entre autres, à l?ancien établissement de « La Charité » qui existait dans le hameau de Saint Césaire. Il divulgua ses sources et ses recherches dans « la Revue du Midi » sous l?intitulé « Documents relatifs à la Charité de Saint-Césaire et à la léproserie de Nîmes au XVe siècle » ([1]). Nous donnerons quelques extraits et analyses de ce texte.
Des renseignements tirés de divers actes de la fin du XVe siècle, d?une étude notariale de la ville ([2]), permettent, en effet, de définir l?existence d?une Charité à Saint-Césaire et ses caractéristiques.Sous le nom de Charité est désignée ici, une institution particulière qui entend assurer aux pauvres de la ville, des distributions de secours, à des époques déterminées. A distinguer des aumônes annuelles que les titulaires des bénéfices ecclésiastiques étaient obligés de faire dans des conditions à peu près semblables sur leurs terres et de leurs dîmes. Il y avait là comme une sorte de dîme non imposée, consentie volontairement par les bienfaiteurs.
Nîmes comptait deux Charités une dans la ville et une à Saint-Césaire, celle-ci étant probablement la plus ancienne.
La Charité de Saint Césaire, mentionnée dès 1226([3]), pourrait remonter à une date antérieure encore. Elle subsista jusqu?au XVIe siècle, 1546 plus précisément. « Pendant ce laps de temps de plus de trois cent vingt ans, de nombreux documents nous la montrent sous forme de legs ou de donations,
- d?une part des produits naturels vin, blé
- d?autre part des biens fonds » qui au XIIIe siècle prendront une grande dimension portant sur un nombre considérable de propriétés de différentes sortes : terres, vignes, olivettes, pacages.
[1] Documents relatifs à la Charité de Saint-Césaire et à la léproserie de Nîmes au XVe siècle par Fernand DAUDET, Nîmes : Imprimerie Générale ; 1895
Extr. De la Revue du Midi 1895.
Daudet Fernand Charité (hôpital Saint-Césaire, Gard 1400-1499
Léproserie Nîmes 1400-1499
Patrimoine avec accès indirect. Consultable sur place, cote 34032.
[2] Minutes de Maître DEGORS.
3] M. L?abbé GOIFFON op. p 14.
La Charité possède un véritable patrimoine.Celui-ci connaît au XIIIe siècle un accroissement important qui porte sur des biens multiples.Le domaine s?étend non seulement dans les limites de la dîmerie de Saint-Césaire ([1]) mais encore dans le territoire de Nîmes (par exemple, la charité perçoit le droit de cense sur la moitié d?une hôtellerie à Nîmes, rue de la Ferrage).
La gestion de cet établissement est confiée à des administrateurs au nombre de 4 appelés « caritadiers ». Ils semblent qu?au moins un devait habiter notre hameau.
Les caritadiers sont choisis dans les rangs les plus modestes et nommés pour un an. Ils reçoivent les libéralités qui leurs sont adressées, perçoivent les revenus en argent ou en nature, exploitent les terres, distribuent les aumônes. La grande distribution avait lieu à la fête de la Pentecôte, date de clôture des fonctions de caritadier.
Les procès-verbaux du notaire Pignol, à la date du 7 juin 1495, jour de la Pentecôte, nous font connaître le mode de leur élection et de leur investiture. Chaque caritadier choisit son successeur. Ainsi fut nommé Jean Delacroix, habitant de Saint-Césaire, ainsi que Jean Richard, chaussetier, Louis Meynard ou Meynadier, savetier, Gilles Bordelle, travailleur. « Les nouveaux élus déclarent accepter les fonctions qui leur sont dévolues et dont ils sont aussitôt investis par une de ces formalités symboliques si fort en faveur, l?imposition des couronnes fleuries ([2]) que leurs prédécesseurs tiennent un moment sur leurs têtes ».
Ils jurent sur les saints évangiles de s?acquitter de leur charge. Tout le monde se rend alors à la maison de la Charité. Une remise des clefs avec ouverture et fermeture des portes symbolise le transfert de possession.
Cette cérémonie de renouvellement décrite par les procès-verbaux paraît avoir été convenue dès l?origine.
Les usages adoptés ont conféré, semble-t-il, une grande indépendance favorable à une prospérité qui se perpétua jusqu?à la fin du XVème siècle. Alors, des signes de décadence se manifestèrent. Fernand Daudet précise « le dévouement est moins pur et moins désintéressé ; les caritadiers ne conforment plus aux traditions léguées par leurs devanciers ; ils cherchent à tirer profit pour eux-mêmes de leur qualité de gérants du bien des pauvres. » En 1496, le jour de leur remplacement, ils accensent (donnent en bail à cens) les terres sur lesquelles ils n?ont plus aucun droit à exercer. L?acte de bail devra être annulé ([3]).
[1] Notamment aux quartiers de Pondres (minute d?Etienne PIGNOL, notaire du faubourg des Prêcheurs à Nîmes, registre de 1494 et 1495, Etude de Me DEGORS) de la Clausade (Reconnaissance du 28 mai 1495) de Vésin, de Crep, de Chabran (autre reconnaissance du 28 mai 1495), de Font Constantin (accens. Des 29 déc. 1512. E PIGNOL), de Bameyras (reconnaissance du 26 fév. 151), de Val de Gors (accens. Du 4 janv. 1512).
[2] Dans un procès-verbal relatant une élection des Caritadiers de St-Césaire, il est question de « chapeaux de fleurs ». « L?usage de se couvrir la tête de fleurs dans certaines cérémonies était très répandue au Moyen-Age et se conservera longtemps en bien des endroits » rappelle DAUDET.
[3] Novum accapitum du 7 juin 1495 (E.PIGNOL, f 34).
La même année trois des caritadiers donnent au quatrième Colin Taborel en bail à très long terme, moyennant un faible loyer, une terre appartenant à la Charité ([1]). Le contrat sera ratifié par les successeurs ([2]). Le 1er août suivant un autre bail est consenti au même Taborel ([3])
Les caritadiers cessent enfin de rendre des comptes, nous dit Ménard ([4]). En 1546 la distribution des aumônes n?a pas lieu. Les consuls de Nîmes intervinrent. Les biens et le livre des censives de l?institution sont saisis et attribués aux hospices de la ville. Le roi supprima la Charité.
[1] E. PIGNOL, 1495, f ,29.
[2] Acte du 12 juillet 1495, ib, f, 45.
[3] E. PIGNOL, 1495, f.50.
[4] MENARD, tomme IV, p.191.
Le 08-03-2009 La Marmite du Roman
Le 26-11-2007 Une vue d'en haut de St Césaire par Pierrick
Le 29-02-2008 Le vide-grenier
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