Ne me dessine surtout pas un mouton !
Proposé par : vbc
Tous mes remerciements au saint-césairois, qui dans la nuit, à accepter spontanément de m'aider. Je vous explique :
Il était minuit quand je me souvins que la moto était encore dehors. Sur le point de me coucher je sors, tongs aux pieds, petit short, léger tee-shirt, tenue décontractée mais respectueuse de la pudeur, heureusement.
Je pousse l'engin du parking vers l'entrée du garage, la porte du jardin ouverte et je croise Bernard qui en profite pour se barrer. Je l'invective vertement, vocabulaire perdu, désobéissance totale. Je lâche tout et lui cours après. Il est en très bonne forme, il fonce. Au bout d'un quart d'heure mes pieds me font souffrir, je ralentis l'allure. L'oeil en coin, Bernard capte l'information et ralentit aussi. Je peine, il se promène. Je reprends la course, furieux et bien décidé à l'attraper. Il croit à un entraînement, le fractionné, il pratique. Il a récupéré, moi pas. Au bout d'une heure de visite rapide mais complète des rues de Saint-Césaire, Bernard se dirige vers le périphérique. De mon côté, c'est la panique. Je pense à abandonner, me coucher et oublier tout. Mettez-vous à ma place et vous comprendrez cette pathétique mais temporaire démission.
C'est là qu'intervient notre sauveur. Il s'arrête à mon niveau, au volant d'une voiture.
- Qu'est-ce qui vous arrive ? Il a eu conscience du drame. Je tentais de sauver les apparences.
- Je promène mon mouton. Eh oui ! Bernard est un très beau bélier adulte.
- A ces heures-ci ?
- Il aime la fraîcheur.
- Excusez-moi, vous pourriez me préciser pourquoi vous avez un mouton au centre ville ?
- Pour tondre la pelouse.
- Ah ! Il hoche la tête. Me croit-il?
C'est vrai pourtant que Bernard est le préposé à la tonte des 3000 mètres carrés de gazon et les deux vieilles poules, à la chasse aux escargots et autres bestioles. On est écolo ou on ne l'est pas. A ce moment là, j'avoue, je doutais.
J'ai expliqué,convaincu. Il m'a pris à bord pour pourchasser le mouton, à une heure du matin, sur le périphérique.
Pendant plus d'une demi-heure, nous avons rabattu Bernard vers la rue du Docteur Flemming et les autres et nous l'avons suivi afin de le fatiguer. La bête avait du tonus. Puis tel Starky ou Hutch, je ne sais, j'ai sauté du véhicule et plaqué le monstre au sol. Pendant une demi-heure encore, j'ai porté Bernard en suivant les conseils de mon coéquipier. "Tenez-le bien, serrez fort" J'agrippais mais vacillais sous le poids et l'odeur. Il cocotte Bernard !
Arrivé à bon port, dans un dernier souffle, j'ai proposé un verre. Mon coéquipier a refusé poliment.
- Non, merci, ça va pour cette nuit.
Je me suis douché deux fois et je me suis affalé dans mon lit, les pieds en feu, les bras douloureux, en essayant de ne pas compter les moutons par crainte de mauvaises mais alors très mauvaises pensées.
Depuis, Bernard, dès qu'il me voit me diriger vers la porte, se précipite tout frétillant de joie pour sortir. Il croit, en plus, que je vais le porter !
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